les minuscules

 

Les cheveux blancs

 

L’heure de pointe, attaché-case et dossiers, l’odeur du café et du gel douche. À peine réveillée, je suis debout, ballotée dans le bus. Et là, juste devant, une petite vieille qui monopolise deux places. Elle a posé son sac sur le siège contre la vitre, elle y appuie son bras pour bien montrer qu’elle n’a pas l’intention de céder cet espace. Elle semble un peu fébrile, ses mains bougent, ses yeux guettent, il ne faudrait pas qu’elle rate son arrêt. Mais d’abord pourquoi prend-elle le bus à cette heure-là ? Elle a toute la sainte journée pour ça ! Et la voilà qui se lève avant l’arrêt, comme le font souvent les vieux qui risquent à chaque fois de se casser le col du fémur au lieu d’attendre sagement que le bus ralentisse. Mais elle ne se dirige pas vers la porte. Elle tapote la vitre, fait un signe de la main à un petit vieux qui trotte canne en main vers le bus. Il monte et s’assied sur ce siège gardé si spécialement pour lui. Ils se prennent les mains, gloussent, se donnent de petits baisers taquins. Peut-être se rendent-ils ensemble à l’école, ces deux ados aux cheveux blancs.

 

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