les minuscules

 

Le voisin

 

Il est 7h30. Le silence règne dans le tram, chacun tente de grappiller quelques minutes de sommeil, d’intimité. Je sors mon bouquin, mais très vite, je ne peux plus lire. Un homme a pris la place à côté de la mienne. Il doit être grand, ses genoux frôlent le dossier du siège de devant. Il porte des chaussures sur mesure, patinées à la main. Un manteau sombre en laine mélangée, chic et de qualité. Une alliance en or et une grosse montre suisse. Sa barbe est parfaitement taillée, l’œuvre d’un barbier, sans doute. Derrière ses lunettes, il ferme les yeux. Un manager, un responsable truc ou un directeur machin qui se dirige vers une nouvelle journée de travail. Pas de quoi empêcher une Genevoise de lire. Sauf que. Sauf qu’avec lui, une légère odeur d’alcool est entrée dans le tram. Le parfum d’une soirée festive et trop arrosée ? Non, une odeur tenace, une odeur de la peau, une odeur qui date et se renouvelle chaque jour. Une odeur qui dit, ce matin comme tous les autres, j’ai mis du whisky dans mon café. Une odeur qui dit je suis seul et j'en crève.

 

 

 

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