les minuscules

 

Le whisky

 

La soirée s’anime. Les noctambules se pressent sur les trottoirs, roulent trop vite sur la chaussée mouillée, se frôlent de plus en plus près. La nuit commence, minuit, 1h du matin un samedi soir. Je rentre, je marche vite – la joie des grappes d’hommes toujours à surveiller du coin de l’œil. Je lève peu les yeux, je regarde au sol ou au loin, mais quelque chose me fait tourner la tête vers la pizzeria. Je le vois, il me voit. Un homme, la trentaine, de ceux qui font peur lorsqu’ils crient. Il boit un whisky bon marché en se rinçant la bouche au coca. Préparer la nuit, l’alcool coûte bien trop cher dans le club et puis il en faut beaucoup, de l’alcool, pour pousser son grand corps à danser, s’approcher des femmes, sourire et ramener celle qui voudra bien. Son ami m’interpelle – salut, suceuse, salope – je monte le son de mes écouteurs. D’un geste du bras, il empêche son acolyte d’avancer vers moi, mais il ne dit rien, continue de boire. Il m’a déjà tout dit, ses yeux m’ont crié qu’il ne veut plus de ce jeu, qu’il veut rentrer chez lui, qu’il y fasse chaud, qu’elle y soit aussi, qu’ils commandent une pizza, boivent de la bière et fasse l’amour devant Netflix. Mais il est seul, alors il continue d’imbiber son grand corps de mauvais whisky.

 

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