les minuscules

 

L’intruse

 

Le silence moite, l’odeur de l’encre, du papier et de la colle, le tapotis des ordinateurs portables, les dos voûtés sur les pages. Aucun doute, une bibliothèque universitaire. Faculté des Lettres, Département d’Histoire générale. Je feuillette, imagine, lisse un os du squelette du roman à venir. Et un bruit. Un bruit presque oublié, mais si familier. Un marqueur passe sur des feuilles de cours, surligne en jaune, orange, bleu. La jeune femme au marqueur ne ressemble pas à une étudiante en Lettres. Ses cheveux sont un peu sales et surtout mal coupés. Ses vêtements n’ont aucun charme, contrairement à la récup pointue de toutes les autres jeunes filles du lieu. Je plisse les yeux, déchiffre. Division cellulaire, acide nucléique. Biologie ou médecine peut-être. Elle n’est pas dans sa bibliothèque. Cherche-t-elle la compagnie des plus belles filles de la ville qui, comme dans toutes les villes, se trouvent à la Faculté des Lettres ? Le charme vétuste de cette vieille université lui rappelle-t-il un souvenir tendre ? Fuit-elle quelque chose ou quelqu’un qui se cache dans sa Faculté ? Je me perds en l’imaginant lorsqu’elle me sourit et me fait un discret clin d’œil. Moi non plus je ne ressemble pas à une étudiante en Lettres. Et elle aussi m’a observée, imaginée. Une fois les examens terminés, l’étudiante en sciences pourrait bien se mettre à écrire des livres.

 

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