les minuscules

 

L’invisible

 

Son chocolat chaud sédimente. Elle n’a pas touché à son cheesecake. Tout autour d’elle, le monde finit une salade, une soupe, un sandwich. La  pause de midi, plein de gens pressés qui mangent seuls. Elle s’est assise au milieu du tea-room, à la grande table ronde. Et elle téléphone, téléphone. C’est avec papa, puis maman et à nouveau papa qu’elle parle. Deux paires de lunettes qu’elle voudrait s’offrir. Ils ne sont pas d’accord et elle ne peut pas débloquer son argent sans leur accord. Sa voix plaintive remplit la pièce. Verres solaires, verres correcteurs, monture Gucci, soldés. Elle s’épuise à se justifier. Sa frustration et son impuissance nous éclaboussent. Elle raccroche. Elle essuie deux larmes et décortique son gâteau avec la petite fourchette. Elle sirote son chocolat comme une fillette. Elle fait tout comme une fillette. Regardez-moi, aimez-moi. La conversation téléphonique a été entendue. Le grand corps bien au milieu du restaurant a été vu. Mais personne n’a aimé. Alors elle commande un autre gâteau.

 

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