les minuscules

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paf, le train
 
Des ongles délicatement parés de strass le chatouillent, le gratouillent. Les mains plongent vers lui, le soulèvent. Expulsé du douillet sac en fausse fourrure, il se retrouve à terre, grogne un peu pour signifier un léger mécontentement. Puis il oublie. Il cligne des yeux, savoure les derniers rayons du soleil d’automne. Sa robe caramel resplendit à la lumière. Agile et fin comme une araignée, il se dandine, agite ses petites pattes. Il pleurniche doucement pour attirer l’attention des passants. Il dresse ses oreilles pointues, soulève le poitrail, règne sur la gare et ses grassouillets pigeons. Soudain, il tourne la truffe, hume, identifie l’intruse ; je le dérange dans sa royale contemplation. Deux billes noires et globuleuses me fixent intensément, puis de suraigus aboiements, me menace d’une attaque imminente et destructrice. Le petit molosse n’est ni effrayé, ni même perturbé par mon poids, près de vingt cinq fois supérieur au sien. Rien ne lui fait peur, ses gènes de doberman s’expriment au-delà de sa silhouette de miniature à sac à mains. Cependant, rien ne peut empêcher le froid béton du quai de mordre les délicats coussinets de ses pattes effilées. Alors, lorsque le train arrive, il se précipite pour s’engouffrer dans un wagon douillettement chauffé. La minuscule laisse glisse, il s’échappe. Il se faufile, mais la porte automatique se referme sur son corps menu, le saucissonne, le tronçonne, le découpe en deux parts égales. Son petit litre de sang gicle et réchauffe le sol. Le petit roi, le petit monstre ne jappera plus jamais.
 
Fantasme. Evidemment. La laisse n’a pas glissé, maman a retenu fermement son bébé. Le chien-rat me grogne sa hargne depuis les genoux de sa maîtresse. J’ai envie de lui crever les yeux avec ma plume, mais je me contenterais d’un discret coup de pied, pourvu que le petit chéri vienne mordiller mes chaussures…

 

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