les minuscules

 

Unique

 

Les soldes, 50%. Le prix dans la jolie vitrine m’autorise à entrer dans la boutique. Je soulève le cintre, passe mes doigts sur le tissu, cherche l’étiquette. Taille unique, me confirme la vendeuse. Taille unique. Une masse de souvenirs cogne derrière mes yeux. Trop. Trop grosse. Trop petite. Trop de seins, trop de fesses, trop de cuisses, trop de ventre. Trop. Puis, dans leurs yeux, sur leur langue, au creux de leurs mains, trop sexy, trop salope, trop pute. Je sais que ça n’ira pas, mais je garde le cintre, je vais, je veux essayer. Et je suis trop. Trop mince, je flotte dans la petite robe taille unique. Une étrange fierté me vient, puis une voix à l’intérieur de mon oreille depuis plus de vingt ans me susurre, jamais trop mince. Je chiffonne le pauvre vêtement, sans âme, sans cœur, juste un morceau de coton inerte. Et je décide. Je décide que les tailles uniques sont trop, que les regards, les mots, les mains sont trop, mais que mon corps est. Je suis. Ni trop ni pas assez.

 

<

<