les minuscules

 

Le wagon restaurant

 

Un couple de retraités suisses allemands se fait ouvrir une topette de prosecco, mais sans oublier une bouteille d’eau à partager. Fêter sa sortie, oui, rester raisonnable, toujours. En face d’eux, une quarantenaire très chic étale des dossiers, des stylos, des carnets, des classeurs pour finir hypnotisée par l’écran de son ordinateur. Caché près du bar, toujours à côté du bar, un alcoolique en t-shirt étanche son éternelle soif. Tout autour on parle affaires au téléphone, portugais, albanais, chinois, anglais, les langues se mélangent, se répondent. Un jeune cravaté importune la serveuse, persuadé qu’une femme qui le sert ne peut qu’être heureuse de susciter son intérêt. Elle sourit d’un seul coin de la bouche, ce n’est pas le dernier gamin qu’elle remettra en place de sa voix réchauffée par un généreux accent d’Afrique de l’Ouest. Par les fenêtres, les lacs, les vignes, les montagnes défilent. La Suisse. La Suisse au-dehors, la Suisse au-dedans du wagon restaurant.

 

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