Aujourd’hui, je dois rencontrer 67 jeunes, leur entrouvrir la fenêtre de l’écriture créative. C’est lundi, le jour de la rentrée, le 1er jour d’école depuis Crans. Je monte dans le bus au milieu d’une petite foule d’ado qui se rend en cours un matin d’hiver. Je les regarde, je me souviens de cet âge de révolte, de doute, de fragilité. Je les regarde, leur fanfaronnade, leur corps trop grand, leur monde trop petit. La beauté de leur maladresse me touche comme jamais auparavant. J’aimerais les prendre dans mes bras, leur chuchoter qu’une place, un rôle unique les attend, quoi qu’il arrive. J’aimerais que cette jeunesse avec ses morts et ses blessés se sente aimée, protégée par l’entier du monde. J’aimerais qu’elle sache qu’elle a droit à la fête, à la joie, à l’erreur. La petite foule s’échappe du bus et se jette dans l’école qui se remplit de désordre, de chagrin et de vie. Malgré tout.