Je ne savais pas que des Juifves avaient porté – portent peut-être encore – le nom de Deutsch. Je le découvre en balade à Cologne. Sur le sol, incrustés dans le trottoir, les pavés de la famille Deutsch. Joaquim, Henny, Ernst et Edith. Sur leurs pavés, il est gravé leur titre, Dr, un couple de médecins et leurs deux enfants. Il est également inscrit leurs dates de naissance et de fuite – ce sont des chanceux – 1938, vers l’Argentine. Les lois de Nuremberg leur interdisaient d’exercer la médecine depuis 1935 déjà, mais il y a fort à parier qu’il leur a fallu attendre la mal nommée Nuit de cristal et son gigantesque pogrom pour accepter l’inacceptable et partir. Des médecins qui portent le nom de leur pays. Le nazisme, je le connais, je l’ai étudié, j’ai l’impression de le comprendre et puis parfois, son intolérable absurdité se rappelle à moi. Des médecins qui portent le nom de leur pays. Pas assez, jamais assez, allemand. Pas même les Deutsch.