Il est 18h30. Heure de pointe à la gare Cornavin. Dans le flot des voyageurs, un homme en costume tient une chemise propre à la main. Il fait encore plus de 30 degrés, pour ces Messieurs des bureaux, la chemise propre de secours, c’est une question de dignité. Mais elle n’est pas pour lui, il la tend à un autre homme en costume qui sort au pas de course de la gare. Lorsque la chemise change de main et avant que l’un monte dans le tram et l’autre s’engouffre dans la gare, les deux Messieurs échangent un petit baiser. Un petit baiser sur les lèvres que l’on se fait lorsque l’on est ensemble depuis longtemps et que l’on s’aime encore. Un petit baiser qui dit je t’attends à la maison. À l’heure de pointe, à la gare Cornavin, personne ne s’occupe de ces deux Messieurs, de leur chemise propre et de leur petit baiser. C’est si banal, deux personnes qui s’aiment.